>La restructuration des archives de France: avis de ASBL

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Lorsque nos collègues et amis de l’Association des archivistes français s’insurgent contre les restructurations en cours dans le pays où naquirent les Archives de la Nation en 1794, ils expriment une crainte pour l’avenir de la démocratie. Cette appréhension n’est pas excessive. Les maladies de la mémoire opèrent des ravages considérables parmi nos aînés. Nos civilisations
elles-mêmes vont-elles prendre un chemin identique ? Ceux qui pensent que la démocratie est irréversible, comme le progrès, oublient peut-être que – pour n’évoquer qu’une situation très ancienne – les règles de droit et les fondements de l’État mis au point par les Romains et arc-boutés sur l’écriture se sont délités durant de nombreux siècles de régimes arbitraires.
En niant la spécificité des archives avant tout comme sanctuaire des droits humains, particuliers et collectifs, l’on sape un des garants les plus fondamentaux des libertés et de la sécurité publiques que doit garantir l’État. Car une fois désaffectées de leur mission principale, les archives pour lesquelles les moyens d’action, humains et matériels, sont de toute éternité chichement alloués, seront reléguées loin derrière les pièces « majeures » du patrimoine de l’humanité. Qui se préoccupera de défendre les principes d’intégrité des fonds et d’authenticité juridique entre les esthètes avertis et les gestionnaires de terabytes ? Si les pouvoirs publics abdiquent graduellement, ce seront les archives privées puis celles des plus petites entités publiques qui verront fondre leurs moyens d’existence parfois faméliques lorsqu’ils existent. Cet enjeu, il appartient donc à tous les archivistes d’y être attentifs et conscients, de le faire partager à leurs collègues, aux décideurs, à tous les publics réceptifs (citoyens et scientifiques). Leur métier hautement scientifique et parfois leur fonction publique leur dictent un devoir de réserve.
Mais c’est précisément en soutenant, non pas l’honneur d’une corporation rétrograde, mais la poursuite d’une action pour un « développement durable » – autre concept moderne mais pas neuf – au service de notre monde civilisé et planétaire, soucieux de préserver ses droits fondamentaux, lucide face à son passé connu, assumé et compris, car lui seul peut supporter un futur plus solide. Certes les archives au sens propre du terme possèdent partiellement une fonction culturelle, mais qu’en demeurerait-il si elles perdent leur fonction administrative, voire régalienne originelle ?

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